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dimanche 2 décembre 2018

La Perle et la Coquille - Nadia Hashimi





Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses soeurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d'une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.







MON AVIS

Je voudrais commencer par apprécier la couverture de La Perle et la Coquille de Nadia Hashimi. Honnêtement, c'est le travail recherché de la couverture des éditions Milady qui m'a d'abord sauté aux yeux. Elle est juste magnifique : il y a un rabat découpé comme une fenêtre sur ces deux femmes qui marchent main dans la main. Et elle m'a fait flanchée, je n'ai pas pu résisté à l'achat.

Ensuite, le thème a grandement contribué à cet achat. Tout comme j'ai pu découvrir le chemin de fer sous-terrain dans Underground Railroad de Colson Whitehead, c'est ici le terme de Bacha Posh qui m'a intriguée.

Je ne suis pas du tout familière avec les pays du Moyen-Orient. J'ai eu l'occasion de lire Les cerf-volants de Kaboul de Khaleid Hosseini par ex, L'Attentat ou Les sirènes de Kaboul de Yasmina Khadra, mais c'était il y a quelques années maintenant. Replonger dans cette partie du monde qui inspire méfiance et fascination me plaisait énormément.

J'ai pu suivre 2 femmes, à quelques générations d'écart, que la vie n'aura pas épargnées. Les 2 récits s'entremêlent, se font écho et résonnent à travers l'histoire de Rahima, et permet au lecteur de connaître l'évolution d'un pays et d'une société. Et c'est là où frappe la vérité... on ne se doute pas forcément du chemin que va prendre l'Histoire.

Leurs histoires est troublante et écœurante. Jouissant de privilèges et d'une libération des mœurs en Europe occidental, je n'ai pas pu m'empêcher d'être bouleversée par leurs destins. La libération que Rahima a pu ressentir en étant Bacha Posh se révèle être presque une prison: elle jouit d'une liberté pendant un temps limité (jusqu'à se puberté) qu'elle n'aurait jamais dû connaître et qui la transformera toute sa vie. De la même façon Shekiba et son handicap si prononcé, la change, l'endurcisse et devient son pilier de vie.

J'ai beaucoup aimé ces deux personnages si semblables. Fortes, intrépides et indépendantes, rayonnantes, vibrantes de liberté, mais si vite entravées.  On ne peut que s'empêcher de leur souhaiter le meilleur, d'espérer qu'elles auront le vie qu'elles méritent....

Le roman adresse donc les conditions féminines à travers plusieurs générations bien distinctes si l'on voit Rahima et Shekiba, son arrière grand-mère *si je ne dis pas bêtise* on suit également les sœurs, la mère et la tante de Rahima. C'est dur et violent.  Mais essentiel.  Et on prend pleinement conscience de la chance qu'on a d'être né à l'époque et où nous sommes nés.

Nadia Hashimi retranscrit des destins poignants avec la délicatesse et la finesse de sa plume. J'ai été subjuguée, emportée, dégoûtée par ce que je lisais. Des émotions fortes pour un récit fort. C'est une véritable découverte et il me tarde de découvrir ses autres écrits

Étrangement, même si certains propos, certains faits sont durs, j'ai trouvé son roman beaucoup plus abordable que les romans précédemment cités: Yasmina Khadra ou Khaled Hosseini. Je ne sais pas si c'est moi qui ai mûrit ou si Nadia Hashimi rend sont récit plus accessible. Qu'en pensez-vous ?  D'un autre côté, les thèmes de ces auteurs sont également beaucoup plus violents : terrorisme, guerre...

En bref, c'est un très bon livre que j'ai entre les mains. Je le recommande chaudement. Cela m'a donné l'envie de voir un film d'animation dont j'ai vu la bande annonce il y a peu : Parvana, qui traite également des conditions des Bacha Posh et de leur rôle dans une société patriarcale.


Le ↗ : Un roman poignant sur les Bacha Posh, un système de société que je ne connais pas

Le  : /



MA NOTE






lundi 12 novembre 2018

La Disparition de Stéphanie Mailer - Joël Dicker

La disparition de Stephanie Mailer - Joël Dicker

30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l'Etat de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers : le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu'une passante, témoin des meurtres. L'enquête, confiée à la police d'Etat, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l'appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration. Mais vingt ans plus tard, au début de l'été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu'il s'est trompé de coupable à l'époque. Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses. Qu'est-il arrivé à Stephanie Mailer ? Qu'a-t-elle découvert ? Et surtout : que s'est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea ?




MON AVIS

La Disparition de Stéphanie Mailer s'était pour moi l'occasion de renouer avec Joël Dicker. J'avais adoré La Vérité sur l'affaire Harry Québert, même s'il n'allait pas au bout de ses idées, tout comme Les Derniers Jours de nos pères qui m'avait émue et remuée, Le Livre des Baltimore, m'avait laissée plus sceptique.

A sa quatrième de couverture, le pitch de départ rappelle La Vérité sur l'affaire Harry Québert : une petite ville balnéaire des Etats-Unis, un drame d'une autre génération, un mystère de notre époque qui fera resurgir la vérité. De quoi me plaire ! Et je ne fus pas déçue. J'ai retrouvé l'ambiance de L'affaire Harry Québert.

L'intrigue laisse la place au suspense, tout en alliant des personnages attachants. Je ne les ai pas trouvé caricaturaux comme j'ai pu le voir sur Livraddict. Le roman est bien construit et addictif, les pages s'enfilent de manière rapide. Il y a plein de fils directeurs qui rythment l'intrigue avec des ramifications bien différentes, qui vont certainement s'entrecoupé à un certain niveau, que ce soit au niveau de l'enquête ou personnel.

Mais j'ai trouvé qu'il y a avait trop de flashbacks sur le protagoniste principal. Cela sert à mieux le connaître mais ne sert pas forcément le sujet principal.

La conclusion m'a bien plu, contrairement à d'autre, bien qu'assez rapide sur la révélation de la fin. Je me suis sentie menée en bateau tout au long du roman. J'ai douté, puis j'ai été certaine de mes certitudes, puis j'ai douté, et certaine et douteuse... Une preuve de l'intrigue bien construite

Sur la forme, j'ai été gênée par les coquilles présentes... Je ne suis pourtant pas du genre à les voir mais là il y avait carrément des mots manquants ou en trop... apparemment il y avait même eu une erreur de nom sur la révélation de la fin dans un premier temps !

C'est un moment assez agréable que j'ai passé avec les personnages et j'ai aimé l'intrigue policière très familière mais qui globalement fonctionne. Je l'ai trouvé moins bon que La vérité sur l'affaire Harry Québert mais meilleur que Le Livre des Baltimore qui m'avait presque ennuyée.

En bref, pas un chef d'oeuvre mais un bon passe temps. Je maintiens qu'il faut lire Les derniers jours de nos pères et La vérité sur l'affaire Harry Québert


Le ↗ : Une trame similaire à son précédent best-seller

Le  : La facilité de thème, les coquilles



MA NOTE




jeudi 20 septembre 2018

Confess - Colleen Hoover






Ce qu'il faut dire ? Ce qu'il faut taire ? Chacun de leur côté, Auburn et Owen charrient le poids d'un lourd passé. Elle, jeune femme fonçeuse, est bien décidée à saisir sa chance. Lui, artiste insaississable, tire ses tableaux de confidences des autres. Lorsque, par hasard, Auburn pénètre dans la galerie d'Owen et s'y fait embaucher, l'attirance est immédiate? Mais l'ombre des non-dits s'invite bientôt dans leurs rapports. Quant à une confession, elle les condamnerait sans doute à jamais...





MON AVIS

Colleen Hoover est l'une des auteure de romance contemporaine la plus mise en avant en ce moment. Quand j'ai pu mettre la main sur ce petit roman, je n'ai pas hésité et je me suis plongée dedans. Malheureusement l'effet Colleen Hoover n'a pas fonctionné sur moi

Commençons par le positif. Le roman est un véritable page-turner, je ne l'ai pas posé tant que je ne connaissais pas le fin mot de l'histoire. Je me suis demandée quel serait le retournement de situation qui ferait pencher la balance. Les personnages sont intéressants et je les ai bien aimé en tant qu'individu. Auburn est forte et se bat pour ce en quoi elle croit, et globalement ce qu'elle veut. Owen est légèrement désabusé mais essaie lui aussi de lutter contre des démons personnels. 

L'insertion des œuvres créées par Owen, réellement peintes par Danny O'Connor, sont insérées et distillées tout au long du roman, ce qui est un véritable plus. Surtout qu'elles sont très belles ! Ces œuvres sont fondées sur des confessions de personnes réelles de la vraie vie - oui oui oui - que Colleen Hoover a recueilli. C'est fort et très original. Certaines de ces confessions sont absolument horrifiante et d'autres très belles. Voilà pour le positif.

Maintenant, la paire Owen & Auburn ne m'a pas du tout convaincu. Le roman s'écrit à deux voix. On alterne entre le point de vu de Auburn et celui de Owen. Et bien sûr, très rapidement, ces deux là tombent amoureux. Alors oui, c'est une romance, mais on est dans une romance que j'ai trouvé classique, banale et un peu clichée. Il n'y a pas eu cette étincelle qui fait que l'on fond devant une belle histoire d'amour, bardée d'embauches, de conflits... Il y en a. Semés par une méchante belle-mère et un méchant beau-frère, mais aussi et surtout par les personnages eux-mêmes qui font des choix immatures.

Certaines réflexions m'ont parfois laissée songeuse... Donc une fille qui décide d'avoir une aventure d'un soir, comme ça pour le plaisir, parce qu'elle en a envie, serait donc une "fille facile" ou autrement dit une "pute" selon Auburn ? Et je n'ai toujours pas compris certaine phrase d'Owen demandant à Auburn de lui dire qu'elle ne le méritait pas. C'est sensé vouloir dire quoi ?

La fin arrive en catastrophe. On sauve les meubles pour clore l'histoire. Et le secret d'Owen n'est même pas traité ! Oui, les lecteurs le découvrent... mais pas Auburn... alors que cela aurait été intéressant de découvrir sa réaction.

En conclusion, Colleen Hoover a tellement été survendue que j'en attendais un coup de cœur qui fut pour moi une déception. On passe un bon moment mais sans plus. A lire à la plage ou pour un moment de détente, mais ne vous attendez pas à une claque.


Le  : Les illustrations des œuvres artistiques d'Owen insérées dans le roman

Le  : Les personnages et une romance qui m'ont finalement peu emballée



MA NOTE



vendredi 7 septembre 2018

Wild Idea - Dan O'brien

Chronique et avis Wild Idea Dan O'Brien nature writing






Voici l'histoire de la Wild Idea Buffalo Company, l'entreprise familiale de Dan O'Brien consacrée à l'élevage et la prodution du bison dans le respect de l'éthique indienne. Le récit d'une lutte héroïque et folle pour la restauration d'un patrimoine écologique inestimable, par l'un des plus grands auteurs de nature writing.







MON AVIS

Je ne peux dire si je vais arriver à être précise dans cette chronique de livre. Wild Idea n'est clairement pas le genre de roman que j'ai l'habitude de lire. Il s'agit également de mon premier roman de Nature Writing, par un des plus grands auteurs du genre et que j'ai découvert en achetant ce livre.

A mi-chemin entre roman contemporain et autobiographie le roman de de Dan O'Brien a su me transporter et me convaincre dans sa démarche qui peut paraître folle au premier abord.

On suit dans ce livre, Dan O'Brien, professeur, auteur et preneur de petits boulots qui conçoit l'idée insensée de créer un élevage de bisons qui serait respectueuse: élevés à l'air libre, nourrit à l'herbe des prairies, puis abattus dans ces mêmes plaines. Tuer à l'endroit même où ils ont grandi, dans le calme, et le respect, et non dans de grands abattoirs industriels et froids qui horrifient les bêtes.

"Maintenant prenez cet humble légume. Il a été cultivé à dix kilomètres d'ici. Pas de pesticides ni d'herbicides à nettoyer. Pas d'eau volée à un poisson en danger. (...) C'est un rutabaga qui arrive sans aucune dette. Il est seulement ce qu'il paraît: un simple rutabaga. Sans frais médicaux en prime. Aucun animal, plante ni microbe n'a été maltraité durant sa production. Le monde n'a pas changé parce qu'il a poussé." p.100

Sur plusieurs années, la création, les doutes, l'expansion et les événements familiaux rythment le roman. Dan est la pierre angulaire de l'histoire, mais sa famille et ses amis sont aussi bien présents et influent fortement sur la poursuite de ce projet. Sans eux, son rêve n'aurait pas été possible.

Ce que j'ai beaucoup aimé, c'est que l'on découvre à la fois les problématiques dans le montage d'un projet écologique, sain et durable, mais surtout la création de son entreprise. Il y a ces deux thèmes que le lecteur retrouve bien. L'aventure de Dan se fait au gré des rencontres, des idées et des opportunités qui se présentent à lui. Parfois créer de toute pièce, parfois venant frapper à sa porte prêtes à être saisies.

D'un autre côté, l'écosystème fragile des grandes plaines américaines nous donne de grandes envies de paysages, de liberté et de Far Ouest. J'ai souvent eu l'impression de voyager à dos de cheval avec Dan O'Brien. La notion de nature, propre au Nature Writing, n'est donc pas en reste. Dan O'Brien s'engage et la défend. Il écrit son roman comme un argumentaire en sa faveur: l'écosystème est fragile. Ce sont les hommes qui le détruisent, mais aujourd'hui, seuls les hommes pourront le sauver.

Mon seul point négatif est la chronologie nébuleuse de l'histoire. Autobiographique, l'auteur écrit au fil de ses pensées et des souvenirs qui lui reviennent en mémoire. Au fil de ses mots, son histoire prend vie. Seulement, je me suis perdue dans ses flash-backs, les divagations de sa jeunesse et parfois les incartades dans le futur. Une chronologie de sa vie et de celle de son projet aurait pu être ajouté au début ou à la fin du roman. Car du coup, je ne sais pas quand exactement ce termine ce roman et à quel point son entreprise a pu évoluer aujourd'hui.

Je n'entrerai pas dans les débats "politiques" sur le bien-fondé de l'entreprise: élevage, abattage, commercialisation, mais plutôt sur la création, la mise en place et la volonté honnête de créer une tel projet.

Pour les addicts du Nature Writing: allez-y ! Foncez ! Ce roman est une véritable ode à la nature et à un mode de vie plus équilibrée qui vous fera voyager son bouger de son canapé.


Le  : L'épopée réelle de la création d'un élevage de bisons sain et durable dans une l'Amérique des grandes plaines

Le : Un peu perdue avec les nombreux allers-retours dans le temps



MA NOTE

4/5

En attendant, la lecture de ce livre me permet de valider mon New Year Book Challenge (récap ici) du mois de Mars ! ;)


BONUS 1
L'entreprise de la Wild Idea Company est bel et bien réelle. Je vous invite à découvrir leur site ici: à la découverte des bisons, des grandes plaines américaines et d'une idée pas si folle que ça ;)

BONUS 2
Cette histoire m'a rappelé l'expérience menée dans le parc de Yellowstone avec la réintégration du loup américain sur ce territoire et comment il a changé cet écosystème fragile en permettant la réinsertion d'espèces depuis longtemps disparues à cause du déséquilibre entre proies et prédateurs



mardi 28 août 2018

Wonder - R.J. Palacio

Chronique Wonder - R.J. Palacio




"Je m'appelle August. Je ne me décrirai pas. Quoi que vous imaginiez, c'est sans doute pire."

Né avec une malformation faciale, Auggie n'est jamais allé à l'école.  A présent, pour la première fois, il va être envoyé dans un vrai collège... Pourra-t-il convaincre les élèves qu'il est comme eux, malgré tout ?

Ne jugez pas un garçon à son apparence





MON AVIS

Comme pour beaucoup d'autres, ce roman a fait parler de lui sur la blogosphère comme sur les réseaux sociaux. C'est un livre largement encensé.

Qu'en ai-je donc pensé ?

J'ai passé un très bon moment en compagnie d'August, Auggie, pour les intimes, sa soeur Viola et ses camarades Jack ou Summer...

On alterne les points de vue entre ses personnages, Auggie étant le personnage principal, celui autour de qui, comme le dit sa soeur, tourne le monde entier. A travers les yeux, de jeunes adolescents ou de presqu'adultes, le lecteur découvre l'univers dans lequel grandit August. Et à travers leur voix, c'est le sujet du handicap qui est abordé: comment vivre avec un handicap, comment réagir face au handicap, le rapport à l'autre...

Tous ses thèmes sont abordés en douceur via l'innocence de ces personnes, qui pourrait bien appartenir à notre famille ou à nos amis.

Auggie possède un handicap, selon notre point de vue, mais pas tellement du sien. Il possède une malformation du visage assez sévère. Ses parents voulant le protéger lui ont fait l'école à la maison, et pour la première fois de sa vie, Auggie intègre une classe d'école, celle de la 6ème.

D'autres thèmes sont également abordés, l'amitié, la vraie, sans opportunisme, les préjugés, l'ouverture d'esprit, la gentillesse... Tous ces thèmes sont très bien menés par l'auteur, qui en prenant la voix d'enfants révèle sans masque la dureté de l'adolescence et de la vie, mais aussi les douceurs et les surprises que celle-ci peut nous révéler.

Je ne parlerai pas des personnages en profondeur mais seulement de Auggie qui est un véritable coup de cœur. Auggie tellement mignon, tellement normal dans sa différence, ne peut qu'être aimé,  qu'on le voit des yeux de ses amis, de sa famille ou au travers de ses propres réflexions. August Pullman est un bonbon que l'on doit chérir. C'est un jeune garçon fort, courageux, intelligent et sensé. Il possède une telle force de caractère et de détermination, qu'il ne peut que forcer l'admiration.

Ce roman reste très jeunesse et je comprends pourquoi il fut écrit de cette façon. Une voix adulte aurait fait perdre tout le charme et la douceur de l'enfance.

La force de ce roman est de se questionner tout au long du roman: à leur âge qui aurais-je été ? Le harceleur ? Le gentil pote ? La camarade qui n'offre que pitié... Tout un questionnement où on se souhaite le meilleur...

C'est une chronique assez courte, pour un roman qui est lui-même court. Je le conseille franchement pour la candeur et la douceur qui se dégagent de ce livre.


Le ↗ un roman tout en douceur avec des personnages attachants...

Le  : ... qui reste très jeunesse



MA NOTE



mercredi 28 février 2018

Les Stagiaires - Samantha Bailly


Ophélie, Arthur, Hugues et Alix viennent d’horizons différents, mais ils rêvent tous de travailler chez Pyxis, entreprise spécialisée dans l’édition de mangas et de jeux vidéo, pilier dans le secteur de l’industrie créative. Une réalité s’impose rapidement : beaucoup de candidats, peu d’élus. Désormais, le stage est devenu une étape obligatoire pour ces jeunes.
Provinciale tout juste débarquée, Ophélie a laissé derrière elle petit ami et logement, et doit faire face aux difficultés de la vie parisienne. Étudiant en école de commerce, Arthur est tiraillé entre les grands projets qu’on a pour lui et son envie de mettre la finance entre parenthèses. À leurs côtés, Alix, passionnée de mangas, ne jure que par ses sagas favorites, et Hugues, graphiste, teste ses limites dans les soirées électro...
Dans une atmosphère conviviale, travail et vie privée s’entremêlent. Pourtant, une question demeure en fond sonore : qui restera ?



MON AVIS
Cette lecture, c'est en quelque sorte mon chant du cygne. Une lecture poignante de vérité sur la vie d'un stagiaire, ses déboires et ses doutes. Je tenais à lire ce roman à cette période de ma vie car je viens de finir mon stage de fin d'étude. 

L'histoire avait déjà un goût particulier et une saveur douce-amère qu'il me tardait de découvrir. Une sorte de rituel de passage avant de dire définitivement au revoir à cette période de ma vie.

Je souhaite commencer par souligner le style parfait de Samantha Bailly. Son écriture est un bijou de simplicité, de magie et d'efficacité. Elle a su retranscrire avec exactitude ses différents personnages et développer une voix unique pour chacun d'entre eux. Pour reprendre les mots de Madmoizelle en 4ème de couverture : "On se retrouve en chacun d'entre eux".

Ce sont des personnages qui parlent au jeune étudiant que nous étions, que nous sommes ou que nous seront un jour. Certaines des thématiques abordées sont des questionnements perpétuels qui nous accompagneront tout au long de notre vie: l'amour, l'amitié, la famille, trouver son quotidien, s'installer mais ne pas oublier de se surprendre et partir à la découverte d'expériences qui s'ouvrent à nous.

On suit donc 6 stagiaires, à des postes différents, d'origines différentes, pourtant l'association de ce joyeux groupe fonctionne bien. Tous différents mais tous dans le même bateau, pour le meilleur ou pour le pire, durant cette période de leur vie. Ils ne se sont pas choisis mais restent soudés, du fait de leur condition. Chacun complète son voisin. Des relations se nouent et se défont. Certaines perdurent et d'autres ne seront qu'éphémères. J'adore. 

Mention spéciale aux détails et aux clins d’œil qui rendent ce roman d'autant plus réel. C'est indéniable Samantha Bailly nous offre une histoire juste en allant au bout de son sujet, en cherchant les faits qui la rendront réaliste. Un véritable talent, qui me donne envie de découvrir d'autres de ses romans.


Le + : La vie de stagiaire, la vraie. Celle remplie d'incertitudes et de découvertes, de travail et de lâcher-prise & la plume de Samantha Bailly simplement magique et honnête
Le - : Le personnage d'Arthur versant un peu trop dans le cliché du mec en école de commerce, malgré une description touchante de justesse et de vérité


MA NOTE


Dans le même univers
Les Stagiaires
A Durée Déterminée

mardi 6 février 2018

Mille femmes blanches - Jim Fergus




En 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf: troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du périple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des "Mille femmes" viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les États-Unis d'Amérique... Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l'une d'entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste alors à la lente agonie de soi, peuple d'adoption...




MON AVIS
Dès les premières pages j'ai su que j'allais aimer ce romanC'est une histoire forte, retraçant une partie de l'histoire indienne et américaine peu connue, "l'intégration" des populations indiennes au sein de la société blanche américaine étant souvent passée sous silence.

On suit ainsi l'histoire d'une jeune femme qui s'embarque dans la plus invraisemblable des aventures : faire partie du programme d'intégration américain du peuple cheyenne en devenant l'épouse de l'un d'entre eux et une mère pour la future génération.

C'est sous la forme de carnets - journaux intimes - que May Dodd, personnage fictif, narre son histoire, ou se mêlent personnages et faits historiques.

À travers ses yeux, nous découvrons sa vie à la  Frontière puis auprès du peuple cheyenne: leurs us et leurs coutumes. À travers ses écrits, ce sont aussi ses réflexions et son jugement qui sont délivrés. Des critiques qui pourraient être proches de celles que nous pourrions avoir encore aujourd'hui, mais surtout un aperçu de deux cultures très différentes: le peuple blanc, individualiste, capitaliste et qui prend pour possession ce qu'il pense lui revenir de droit, et le peuple indien, communautaire, ancestral, et qui défend ce qui lui appartient, attaque lorsque attaqué. Qui sont vraiment les bons ou les mauvais dans cette histoire ? Il n'y en a pas. On peut seulement ce souvenir que les colons européens se sont octroyés de droit un territoire déjà habité et appartenant à d'autres peuples (pas seulement en Amérique du Nord d'ailleurs).

May n'est pas la seule blanche à s'être embarquée dans cette histoire, et nous voyons à la fois l'évolution de la narratrice mais aussi de ses compagnes vis à vis de ce peuple indigène, autrefois vu comme sauvage et barbare. Ces personnages évoluent certes, mais oscille souvent entre appréciation de leur peuple d'adoption et rejet, ce qui crée une inconstance dans le tempérament de certaines jeunes femmes.

Celles-ci ont toutes leurs caractères propres, des origines très différentes mais qui surtout, comme je le disais, évolue au gré du temps et de leur intégration auprès des natifs américains. Les personnages cheyennes sont tout aussi bien écrits. L'usage de langue cheyenne au cours du roman est un plus, bien qu'il m'ait été impossible de la prononcer ;)

Comme tout roman qui mêle faits historiques, le lecteur en connaît déjà la fin, malgré tous les espoirs ou l'optimisme dont font preuve les protagonistes. Ce qui ne rend que plus poignant chaque événement de la vie quotidienne. La frontière entre histoire et fiction est floue, ce qui m'a obligée à me renseigner.

Un autre (petit) bémol est que May s'appesantit parfois bien trop longuement sur ses états d'âme et ses sentiments, créant de longues et lentes descriptions... Sa naïveté, parfois lourde, vis à vis des promesses du gouvernement, m'a fait lever les yeux au ciel...

Je me plongerai avec plaisir dans la suiteLa vengeance des mères - auprès de ces femmes blanches qui ont choisi de se battre avec leur peuple d'adoption.  Je me demande si nous retrouverons certains des personnages de ce premier roman.

Je le recommande à tous les amateurs de romans contemporains et historiques reprenant l'histoire américaine et indienne 


Le + : L'entrée dans l'univers des Cheyennes est immersive, instructive et passionnante
Le - : La narration à la première personne et le non discernement du vrai du faux


MA NOTE

De la même série
(T1) Mille femmes blanches
(T2) La vengeance des mères

mercredi 31 janvier 2018

J'irai cracher sur vos tombes - Boris Vian



Si vous le lisez avec l'espoir de trouver dans J'irai cracher sur vos tombes quelque chose capable de mettre vos sens en feu, vous allez drôlement être déçu.
Si vous le lisez pour y retrouver la petite musique de Vian, vous l'y trouverez. Il n'y a pas beaucoup d'écrits de Vian dont il ne suffise de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite : " Tiens, c'est du Vian ! " Ils ne sont pas nombreux, les écrivains dont on puisse en dire autant. Ce sont généralement ces écrivains-là qui ont les lecteurs les plus fidèles, les plus passionnés, parce que, en les lisant, on les entend parler.
Lire Vian, lire Léautaud, lire la correspondance de Flaubert, c'est vraiment être avec eux. Ils sont tout entiers dans ce qu'ils écrivent. Ça ne se pardonne pas, ça. Vian a été condamné. Flaubert a été condamné...



  
MON AVIS
Cette chronique est assez compliquée à écrire. Il est difficile d'avoir un avis objectif sur ce court roman. Boris Vian délivre une thématique dure et un roman cru. C'est violent et poignant à la fois. Quand je réfléchis aux sentiments que j'ai ressenti pendant la lecture de ce livre, j'ai du mal à les décrire. C'est tout un camaïeux d'émotions brutes et fortes. C'est brut et décadent. C'est aussi puissant et vrai. Mais trash également.

L'auteur reste entier dans l'écriture de ce livre. Rien n'est refusé, rien n'est caché: du sentiment le plus noble (s'il y en a) au sentiment le plus vil. J'ai ressenti de la gêne face au récit et aux personnages auxquels on a du mal à s'attacher ou à réellement comprendre. Le ton est souvent malsain, parfois provocateur mais toujours prenant. Une fois dedans, je n'ai pas pu décrocher.

On se demande où il veut en venir, et la réflexion suite à cette lecture perdure après la fin du roman. Je suis toujours en intense réflexion et bouleversée. Je ne sais pas sur quel pieds dansé: voir un livre et une lecture brillantissime ou complètement dérangée. L'un n'excluant pas l'autre.

L'histoire se déroule dans un contexte difficile, une Amérique rongée par ses problèmes raciaux et ségrégationnistes, ajoutant encore à la lourdeur ambiante et l'environnement pesant du roman. Avec du recul, j'ai eu l'impression de retrouver le ton gris de La Peste de Camus. Boris Vian sait poser son décor et nous y plonger. Il dépeint son univers avec avec une plume incisive, unique et fluide.

On suit également un personnage particulier, qui a une histoire très particulière et qui suit une vengeance toute personnelle. J'aurais aimé en savoir plus sur le personnage, sur son passé, ce qui l'a rendu tel qu'il est aujourd'hui. Les personnage sont à l'égal des thématiques: durs, violents, et dérangeants, particulièrement certaines scènes, et les sous-entendus les accompagnant.

Je comprends pourquoi ce roman a pu être condamné pour atteintes aux bonnes mœurs, qui a d'ailleurs été écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Clairement ce livre ne laisse pas indifférent, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas.

Je réitérerai mon propos en disant que j'ai réellement  été embarquée et en même temps profondément dérangée à certains moments. C'est aussi ce que l'on attend des livres que nous lisons.

Pour reprendre un commentaire laisser par un lecteur sur Livraddict : "Un de ces bouquins atrocement délicieux, et fabuleusement horrible, mais à ne certainement pas mettre entre toutes les mains." Taggy Warrior

Je suis certaine de pouvoir dire que je suis surprise par cette lecture, perturbée et également retournée. Par certains côtés, ce roman de Boris Vian fait preuve d'un réalisme dérangeant mais fascinant. Je pense pouvoir dire que j'ai dévoré ce roman, sans en apprécier la lecture. Il faut le lire pour se faire sa propre opinion d'un classique de la littérature. Il ne plaira certainement pas à tout le monde...


Le + : Un roman entier, qui ne fait pas dans la dentelle
Le - : Son côté malsain et dérangeant


MA NOTE

vendredi 19 janvier 2018

La Ligne Verte - Stephen King

"Ça c'est passé en 1932, quand le pénitencier de l'Etat se trouvait encore à Cold Mountain. Naturellement, la chaise électrique était là. Ils en blaguaient, de la chaise, les détenus, mais comme on blague des choses qui font peur et auxquelles on ne peut échapper. Ils la surnommaient Miss Cent Mille Volts, la Veuve Courante, la Rôtisseuse." Dans le bloc des condamnés à mort, au bout d'un long couloir que les prisonniers appellent la ligne verte, la chaise électrique attend John Caffey. Le meurtrier des petites jumelles Detterick, jadis découvert en larmes devant leurs cadavres ensanglantés. Paul Edgecombe, le gardien-chef, l'accueille comme les autres, sans état d'âme. Pourtant, quelque chose se trame... L'air est étouffant, la tension à son comble. Un rouage va lâcher mais pourquoi ? Les provocations sadiques d'un maton dérangé, la présence d'une souris un peu trop curieuse, l'arrivée d'un autre condamné ?

Aux frontières du roman noir et du fantastique, ce récit est avant tout une brillante réflexion sur l'exécution capitale.


MON AVIS
Premier Stephen King de ma vie de lectrice, mais aussi premier avis mitigé sur une oeuvre de cet auteur... 

Connu mondialement, aussi bien dans le domaine de la littérature que dans le domaine du cinéma, La Ligne Verte (où The Green Mile) était pour moi, le baptême du feu. Un baptême qui s'appelle Stephen King.

Je pense que ma déception vient principalement de ma méprise sur le thème du roman. Je m'attendais à une histoire autour de la peine de mort, des divers acteurs et des participants etc. Et comme l'annonçait la quatrième de couverture "une brillante réflexion sur l'exécution capitale". Un peu à la sauce du Dernière jour d'un condamné de Victor Hugo. Or pas du tout... 

Effectivement, le roman amène le lecteur à réfléchir sur la peine de mort et ses conséquences, mais sans que cela ne soit très développé. A mon sens, cela n'était pas le but premier de l'intrigue et le court roman de Victor Hugo est en ce sens bien plus fort et bien plus poignant.

Par contre, j'ai pu découvrir, j'imagine, le commencement des frontières de l'univers King. Un monde rempli de mysticisme, un avant goût de spiritisme, une pointe d'étrange pouvoir, de petites touches de magie... à la limite entre réalité et surnaturel.

Au début, je ne savais pas comment prendre cet aspect de l'histoire... Et puis finalement j'ai fini par accepter qu'on ne pouvait pas tout expliquer, et j'en ai pris mon parti.

Bien qu'il m'ai fallu presque 2 semaines pour lire ces quelques 500 pages, j'ai été réellement intriguée par l'aura autour des personnages, le mystère les entourant et les réponses inattendues aux questions qu'on ne se posait pas. Le roman tient en haleine avec une plume juste et fine, qui fait mouche. Particulièrement sur la fin, où Stephen King retranscrit avec justesse des moments violents et poignants.

Les thèmes des préjugés, en temps de ségrégation aux Etats-Unis, des erreurs, des mauvais jugements, et les revers de bâton sont également abordés de manières simple et efficace.

Par contre, je ne trouve pas le narrateur si attachant. Je me suis retrouvée face à une personne qui s'écoute beaucoup parler (dans ce cas-ci qui lire et écrire). Je n'ai rien ressenti de particulier tandis que mes émotions envers les différents détenus et condamnés étaient beaucoup plus forts. En bien comme en mal.

Sincèrement, je suis intriguée par l'univers de Stephen King, bien que je n'ai pas lu ce à quoi je m'attendais. Je me plongerais bien dans certains autres de ces romans. Qu'en avez-vous pensé ? Que me conseillez-vous ?


Le + : la petite touche de paranormal et les détenus
Le - : le thème principal trompeur et un narrateur peu intéressant



MA NOTE

lundi 15 janvier 2018

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Annie Barrows & Mary Ann Shaffer


Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis - un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...) délices bien évidemment strictement prohibés par l'occupant. (...) Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d'autres habitants de Guernesey , découvrant l'histoire de l'île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l'impact de l'Occupation allemande sur leurs vies... (...) Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.


MON AVIS
J'avais hâte de découvrir ce roman dont j'avais entendu beaucoup de bien. Mais surtout le format épistolaire m'intriguait fortement. Créer des personnages en relief avec des personnalités et des psychologies marquées et marquantes n'est pas chose aisée. Ce besoin se ressent d'autant plus dans un roman épistolaire que chaque lettre doit refléter cette personnalité qu'on ne fait finalement qu'effleurer dans un schéma de roman plus classique.

Alors, pari tenu ?

Je dis oui. J'achète même ! J'ai passé un agréable moment en compagnie de Juliet, Sidney, Isola, Dawsey, Kit et tous les autres membres ou non membres du Cercle littéraire. Des personnalités exubérantes, attachantes et charmantes. Une famille que l'on se fait un plaisir de retrouver et d'en prendre des nouvelles.

Ici, on est projeté dans une Angleterre d'après-guerre fortement touchée par les bombardements de l'Allemagne nazie et des années de privation. Le roman se partage ainsi entre Londres, où l'on suit Juliet, et l'île de Guernesey, île anglo-normande, où l'on vit le quotidien de ses habitants. Plus fort encore, l'immersion de leur survie sous l'occupation, se fait au travers, et grâce, aux relations qui se nouent. 

C'est la principale force de ce roman épistolaire: des relations poignantes qui se créent au travers de la puissance de l'écriture. Les détails de la vie quotidienne, les anecdotes partagées au fil des pages... forment la proximité avec son lecteur. 

Ces petits éléments charmants font que l'on s'attache à l'ensemble des personnages: les rencontres d'une lettre comme les correspondants récurrents, en passant par les personnages frustrants et surtout les absents. Ces absents qui n'écrivent pas mais qui sont tout de même présents tout au long du roman et qui imprègnent les échanges d'un goût doux-amer.

Le roman dégage une douceur particulière et familière. Une sensation agréable assaille le lecteur. C'est comme se poser au coin du feu, enfiler ses chaussettes-chaussons, se pelotonner sous un plaid et retrouver son livre doudou. Toutes ses sensations en un seul livre. Et puis tombée amoureuse d'une île... je pense ne pas pouvoir en dire plus sur la force de ce roman.

Le format est lui aussi très bien pensé. Un chapitre correspond à une lettre parfois plusieurs pages, parfois une page voire une ligne. C'est cours et efficace. On veut en savoir plus à la fin de chacune des lettres échangées.

Parfois prévisible, souvent surprenant et doux, ce roman est une agréable découverte pour moi. Je pensais apprécier mais pas à ce point. C'était sucré et doux, amer et épicé. Une histoire doudou pour des soirées chouchou.


Le + : Le format épistolaire captivant avec lequel on ne s'ennuie pas et des personnages poignants
Le - : Peut-être qu'à un moment il y eu trop de personnages entraînant une similitude de personnalité


MA NOTE

mardi 2 janvier 2018

Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel



Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s'embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront.»




MON AVIS
Philippe Claudel dépeint ici, l’horreur de la guerre dans toute sa splendeur. Celle qui écrase une nation, qui détruise un peuple, en commençant par ses hommes.

Primé en 2007, par le prix Goncourt des lycéens, Le rapport de Brodeck, est un roman bouleversant, qui vous serre le cœur, et fait montée la bile aux bords des lèvres.

On y découvre la Peur. La Peur et ses méfaits. La Peur et ses lieutenants: rejet, haine, violence...

Brodeck, protagoniste principal, et voix de cette histoire raconte au lecteur la vie qu’il a vécu. Une enfance difficile tâchée par une première guerre, une vie de jeune adulte blessée par les souffrances d’une seconde guerre et un retour à une réalité difficile. 

Ces guerres loin d’être les événements primordiaux de ce roman, ne sont que des excuses, des prétextes, derrière lesquelles se cachent les hommes pour justifier leurs actes. 

Un nouveau présent, qui peut-être, révèle uniquement l'horrible vérité de la nature de l'Homme.

Brodeck écrit cette histoire, comme il raconterait la vie. C’est un récit désordonné et dans le désordre… un souvenir en rappelant un autre, entraînant son lecteur vers les eaux troubles des motivations humaines.

J’ai été touchée par la poésie des mots de Brodeck, par la douceur de son regard sur le monde, la tendresse qu'il montre envers les membres de sa famille. Sa vision, parfois complexe et brouillée, nous entraîne sur la route de son histoire et de celle de son village. Un village de campagne tellement reculé qu’au début j’ai eu l’impression de retourner bien loin dans les âges.

On suit l’histoire comme on pourrait suivre un roman policier. De nombreuses questions se posent, dont les réponses restent floues. On attend et on découvre la vérité. Une vérité toute relative et parfaitement subjective. La réalité semble parfois se mélanger aux fantasmes, aux désirs et aux souvenirs. Rien n'est réellement situé ou affirmé, tout est insinué. Pourtant, certains éléments semblent clairs...

Ce roman est doux et violent. Terrible surtout. Après l’avoir fini, il est facile de se rendre compte du pouvoir que l’homme possède entre ses mains. De ce qu’il est capable de faire lorsque la peur et la rage prennent le dessus. C'est une lecture qui invite à la réflexion tout au long du roman et bien après.


C’est un roman que je conseille pour toute personne. Les émotions sont dures et fortes. La fiction pourrait facilement devenir réalité. A pu être réalité lors d'un sombre passé. Et cette réalité est bien effrayante. Philippe Claudel confronte son lecteur face aux dures réalités pour mieux comprendre et peut-être, ne pas recommencer.


Le + : Un roman sombre qui se lie comme on pourrait lire une autobiographie: parsemé de souvenirs...
Le - : /


MA NOTE



dimanche 22 octobre 2017

Grandes Légendes de la Pensée - Henri Pena-Ruiz






Le nez de Cléopâtre qui a changé le monde, le feu de Prométhée, la chute d'Icare... 
Ces mythes et histoires sont à l'origine même de notre civilisation. Peut-on mieux définir l'amour-passion qu'en évoquant Tristan et Yseut ? ou l'aveuglement par l'histoire si connue d'Œdipe ? Henri Pena-Ruiz nous invite, comme dans une conversation entre amis, à réfléchir sur les conquêtes de la culture et de la technologie, le bonheur illusoire ou la paralysie de l'indifférence.






Etudié en cours, je l'avais déjà beaucoup aimé à ce moment. J'ai eu le plaisir de le redécouvrir récemment.

Je préviens tout de suite, cette chronique sera assez courte, à l'image de l'essai qui ne fait "que" 183 pages. Mais 183 pages bien menées et efficaces.

Décomposé en grandes thématiques, le roman peut se lire dans n'importe quel ordre si on le souhaite bien que celui-ci soit découpé dans un ordre particulier. On peut ainsi y découvrir:
- L'invention de l'homme 
- Le temps de vivre
- Le sortilège des passions
- Le monde imaginé
- Les vertiges de l'action
abordées au travers de mythes et de légendes qui ont bercés notre enfance: Prométhée, le chant du cygne, Don Quichotte, le Rubicon etc.

Nous en connaissons beaucoup, avons découvert certains à l'école, en avons entendu parler pour d'autres à travers les contes et l'imaginaires collectif, mais ce qui fait la force de cet essai, c'est la perspective et la réflexion qui sont amenées par l'auteur. 

Le point de vue et les thèses amenés par le philosophe Henri Pena-Ruiz sont abordés avec structure, calme grâce à une plume élégante. Il nous amène à réfléchir sur ces mythes qui nous ont accompagnés une grande partie de notre vie et repris encore aujourd'hui dans les discours, les romans et les intrigues de la vie quotidienne. Il nous invite à les redécouvrir avec une perspective contemporaine.

C'est un essai intéressant et complet que je recommande, pour une lecture d'une traite ou seulement pour grignoter quelques légendes de ci de là.


"Dans un style sobre, souvent poétique, l'auteur, à travers ce livre d'initiation, conduit le lecteur à passer de la passive contemplation à l'observation critique. C'est donc à ce titre un manuel de sagesse."
Le Monde Diplomatique


Le + : Un aperçu pédagogue et ludique sur les grandes légendes et mythes qui ont construit notre civilisation (plutôt occidentale)
Le - : Difficile de mettre un "-" pour un essai et une réflexion philosophique


MA NOTE
 

dimanche 17 septembre 2017

Treize Raisons - Jay Asher





Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu'elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D'abord effrayé, Clay écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l'oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer...







Ce que j'ai "apprécié" dans cette lecture, c'est la notion du harcèlement moral et scolaire dont on ne parle pas assez et des conséquences réelles (par opposition au fait qu'on pense que cela ne peut jamais nous arriver, dans notre entourage ou que cela ne se passe que dans les fictions). Il s'agit également d'une thématique forte et poignante qui touche tout à chacun. Harcèlement scolaire, suicide, slut shaming comportement grégaire passif et passivité dans son ensemble, le pire du comportement jeunesse y passe dans ce roman. Jay Asher invite son lectorat à réfléchir et à prendre du recul sur son comportement de la vie de tous les jours, de ce qu'on ne voit pas ou ne veut pas voir, des détails que l'on juge insignifiant et de prendre conscience des possibles conséquences.

C'est un roman qui a fait grand bruit sur la toile, les réseaux sociaux et bien sur avec l'adaptation en série, il était difficile de passer à côté. J'en avais plutôt de grands espoirs, notamment au vu des critiques très positives à ce sujet.

Deux choses m'ont tout d'abord interpellée: la construction du roman et les points de vue de la narration, deux éléments étroitement liés. La construction tout d'abord, une cassette par raison, une cassette par personne "responsable". Chaque cassette est l'occasion pour Clay, notre narrateur, qui découvre les cassettes d'Hannah au fur et à mesure comme le lecteur, d'y associer une histoire mais plus particulièrement un souvenir. Ainsi, on jongle entre deux points de vu: celui de Hannah qui déroule son histoire et celui de Clay, comme une voie off à celle d'Hannah et qui nous délivre sa vérité. On suit ainsi le cheminement qui a mené Hannah à commettre son geste irréparable. Et tout comme Clay, l'impatience grandit de découvrir pourquoi il fait parti de cette liste maudite.

A la découverte de cette dernière raison, je dois dire que je ne suis vraiment pas satisfaite. Il n'y a clairement pas de prise de risque de la part de l'auteur concernant le personnage de Clay en l'occurrence. Mais c'est aussi un reproche que je peux faire sur une grande partie des personnages que j'ai trouvé manichéens. C'est finalement assez lisse et Jay Asher ne nous donne pas l'occasion de voir un repentir ou une remise en question directement dans le roman. Ce que je trouve dommageable.

Le deuxième gros point négatif, si ce n'est le plus important, est pour moi le manque d'implications et de conséquences de toute cette histoire. Où est la prise de responsabilité ? Les retombées ? Les conséquences ? Les punitions (le cas échéant) ?

Si les lignes sont parfois un peu floues dans certains cas, il y en a où cela n'est clairement pas le cas. On peut donc agir en toute impunité ? Cela aurait du être traiter, ou au moins en partie. De même, la responsabilité de Hannah n'est pas réellement mise en cause non plus, elle qui rejette une partie de son suicide sur les autres.

Toute cette réflexion est à mon sens la plus intéressante mais n'est pas abordée ou pas assez. Et c'est dommage. D'où la déception de cette lecture ? Que nous apprend-on finalement ? Oui, le harcèlement moral et scolaire (harcèlement que j'ai trouvé parfois léger) existe, fait connaître l'enfer à des élèves, des enfants innocents, parfois par l'agressivité de leur entourage, parfois par leur passivité, mais il n'y a donc pas de retombées ? Pas de conséquences ? Juste un message d'espoir et de pardon (que je ne reproche pas du tout au contraire, mais un peu léger dans cette configuration) et une mise en garde contre notre comportement quotidien.

Alors oui bien sur, c'est un roman jeunesse qui reste poignant, dur et touchant mais je trouve cela dommage que dans ce type de roman jeunesse justement, il n'y ait pas eu plus de détails portés sur certaines notions, comme le remord, la remise en question, la culpabilité, les conséquences, tout aussi importantes.

Après cette lecture mitigée, je sais que je ne regarderai pas la série, bien que certains points négatifs traités dans cette chroniques aient été "résolus". Je ne suis même pas sûre de regarder la saison prochaine qui a été annoncée dernièrement.


Le + : La visibilité de thématique et d'une cause importantes et violentes qu'est le harcèlement moral et scolaire, la manière originale de traiter le sujet.
Le - : La finalité du roman et la "morale" de l'histoire


MA NOTE

A un fil - Rainbow Rowell





Le mariage de Georgie bat de l’aile, et ça ne date pas d’hier. Pourtant, son mari et elle n’ont pas cessé de s’aimer. Deux jours avant d’aller fêter Noël dans la famille de Neal, sa femme lui annonce qu’elle ne sera pas de la partie. Scénariste pour la télévision, elle doit impérativement rester à Los Angeles pour se consacrer enfin à sa série. Lorsque son mari décide de partir dans le Nebraska seul avec les enfants, Georgie croit avoir tout fichu en l’air… jusqu’au moment où elle découvre un moyen de communiquer avec Neal dans le passé. Ce vieux téléphone jaune à cadran rotatif lui fait faire un bond de quinze ans en arrière ; c’est peut-être l’occasion rêvée pour remettre son couple d’aplomb.





Je me suis lancée dans ce roman alors que j'étais en vacances aux Etats-Unis. Après avoir lu un roman lourd et oppressant, un peu de légèreté s'imposait lors de ces vacances. Aussitôt pensé, aussitôt choisi !

Margaud de la chaîne La-liseuse en avait parlé dans une chronique, notamment suite à sa rencontre avec l'auteure Rainbow Rowell, et la 4ème de couverture m'avait beaucoup plu. C'était une histoire, avec son côté un peu fleur bleue, qui pouvait me plaire. 

Je dois dire que le cadre et le contexte sont plutôt intéressants et intrigants. Un téléphone permettant de passer des appels dans le passé. Mais pas à n'importe qui dans le passé. Son mari, plus jeune, avant même qu'il ne soit le mari de Georgie McCool. Et si toute leur relation pouvait changer grâce à ce vieux téléphone jaune ?

Rainbow Rowell maîtrise complètement la forme du dialogue entre ses personnages puisque une grande partie du roman ne repose et n'avance que sur les conversations des différentes protagonistes, que ce soit à travers un téléphone magique, un téléphone normal ou le face à face. Les non-dits dans ces conversations sont également tout aussi importants, voire même plus puissants que ce qui est dit à haute voix. C'est un format de roman qui change du type que l'on peut rencontrer dans les romances littéraires.

Cependant, les dialogues entre le Neal du passé et la Georgie actuelle m'ont parfois dérangée et souvent exaspérée. Le lecteur se retrouve avec des discours grandiloquents, quelques fois fades, voire niaiseux à base de "je t'aime, moi non plus, marions nous, mais non on ne peut pas" qui loin de faire efficacement avancer l'intrigue, m'ont donné l'impression de patauger dans la semoule. Il manquait de fond à ces lamentations amoureuses. 

Le point positif, malgré cela, c'est que l'on peut voir la relation de Georgie et de Neal sous différents angles: les flash-backs nous en apprennent plus sur leur relation amoureuse de leur jeunesse, nous apprécions leur vie amoureuse actuelle par le regard de Georgie, tout cela mis en perspective par le rapport qui se crée au travers du téléphone jaune entre Georgie et Neal. C'est ainsi que j'ai pu réellement les apprécier, eux, leur famille et l'histoire d'amour qui s'était ainsi créée entre eux, et comment je suis presque tombée amoureuse de Neal, la force tranquille du roman. C'est une jolie histoire d'amour avec une petite touche magique.

Les personnages m'ont plus mais sans plus. Georgie est une femme carriériste, un peu clichée, qui en a presque oublié sa vie de famille. Cet aspect ne m'a pas trop dérangé car il est présenté de manière crédible de la femme/mère qui travaille et qui est passionnée par son métier et se reposant par le même coup sur son mari. Je dois avouer que le fait qu'elle ne puisse joindre son mari et qu'elle ne fasse pas plus d'effort de ce côté là m'a aussi grandement agacée. Que ce soit elle ou Neal ! Même s'il s'agit du fil conducteur de l'histoire... Le développement des personnages comme sa sœur, son associé voire sa mère ou son nouveau mari aurait pu être un plus bienvenu également.

Enfin, à mon sens, il s'agit d'une fin très et trop rapide que j'ai vu venir dès la 10ème page du roman je pense. Une fin qui laisse sur sa faim également, car il n'y a pas de réel dénouement, comme il n'y avait pas eu de réels rebondissements auxquels il était impossible de s'attendre. Finalement, rien n'est résolu. Les protagonistes n'ont pas vraiment évolué ou avancé depuis les premières pages du roman. C'est ce qu'il m'a manqué pour être réellement conquise par ce roman: une fin originale, une prise de position marquée.

Il s'agit quand même d'un roman bien sympathique, avec lequel j'ai passé un moment de détente. Malgré les petits bémols dont je viens de vous faire part, il n'en reste pas moins que je l'ai lu très rapidement avec un petit côté addict, dû notamment à la jolie plume de Rainbow Rowell que je viens de découvrir.
Je me ferai donc un plaisir de découvrir d'autres de ses romans, comme Eleanor & Parks ou FanGirl qui ont fait  un peu plus l'unanimité.


Le + : Une jolie romance addictive, une intrigue de départ attractive
Le - : Un manque de fond pour le développement cohérent des personnages, une fin en suspens


MA NOTE